PréfaceMon ami Paul Cololian m'a fait le grand plaisir de me demander de préfacer ces « Souvenirs d'un étudiant en médecine du siècle dernier ».
Ils n'en avaient pas besoin, pour obtenir le succès qu'ils méritent.
Ces charmants tableautins à la manière de Pietro Longhi, ces spirituelles esquisses, ces profils à la pointe sèche jamais trop égratignante forment une très vivante galerie de la petite histoire médicale.
J'ai connu tous ces maîtres que Cololian a si finement portraiturés et je les revois presque mieux à travers ses phrases que dans ma mémoire.
Comment ne pas encore se sentir auditeur du Professeur Baillon, célèbre par l'unanime chahut qui orchestra jusqu'à- l'éteindre sa première phrase: Le quinine fut découvert en 1737 ?
Comment ne pas vibrer avec les élèves et les amis de Magnan lors de son jubilé présidé par Clemenceau ?
Comment ne pas rappeler la création par Paul Garnier d'un enseignement vivant de la psychiatrie médico-légale à l'ombre des tours à poivrière du Palais de Justice et son importance historique ?
Et puis, comme tout enthousiaste, Cololian, dans ses Souvenirs, s'est peint en décrivant les autres.
Son débarquement en septembre 1889 à Marseille, dont il embrassa la terre, symbolise le baiser de l'Arménie déracinée à la France accueillante.
Et dans son amour pour ses deux patries Cololian, dont le dynamisme fut dès le début rayonnant, devint le centre de la colonie arménienne si digne en son malheur.
Président fondateur du Comité de secours de la Croix Rouge Arménienne, président fondateur de l'Union des médecins arméniens, Cololian n'est pas seulement le bon patriote accueillant à tous, mais au cours d'une vie merveilleusement active, il a, dans les hôpitaux de Paris, dans les asiles de la Seine, à Ste-Anne, à l'Infirmerie spéciale de la Préfecture de Police et dans sa large clientèle, multiplié les observations dont il a donné l'essence dans ses nombreuses publications.
Je me rappellerai que sa thèse sur les Alcooliques persécutés,sa communication au Congrès international de médecine de 1900 sur l'alitement dans les affections mentales, sa collaboration toujours recommencée, comme la mer, au formulaire de Gilbert et Yvon continué par Loeper, ses travaux de physiologie expérimentale sur les poissons et de physiothérapie.
Il fut amené à cette dernière discipline par les conditions de la guerre de 1914-1918 et s'occupa particulièrement de la rééducation professionnelle des militaires blessés où il sut mettre sa note originale.
En effet, ce qui caractérise l'intelligence active c'est d'insérer sa participation utile dans l'oauvre commune. Et Cololian par la valeur de son esprit et de son cœur a marqué d'un éclat bienfaisant son sillage dans les occupations multiples qui marquèrent sa longue vie, continuée sans sénilité.
Aussi suis-je heureux de signer cette préface en signe de vieille affection.
LAIGNEL-LAVASTINE, Membre de l’Académie de Médecine